« Laisser le temps au temps… »

1 mois : c’est le temps qu’il m’aura fallu pour écrire un mot succinct et pour le coller sur la vitrine d’Hungry BOX. « Si l’aventure d’Hungry BOX s’achève, le local accueillera prochainement un autre concept… » Ecrire la fin noir sur blanc à la vue de ceux qui pourraient souhaiter venir déjeuner ce n’est pas rien. Voir d’anciens clients, des voisins curieux s’arrêter et lire ces quelques lignes, pas rien non plus.

Jour de fermeture + 1 mois et 3 semaines : j’entends l’agacement compréhensible d’une famille qui trouve porte close à l’heure du déjeuner. « Ils pourraient l’écrire sur Facebook !« . Je modifie les horaires de la page Facebook. D’une ouverture « du lundi au vendredi midi »  la page affiche « Fermé définitivement. »

Jour de fermeture + 2 mois : j’écarte les diverses idées de réalisation de vidéo aux airs de « Capri / Hungry c’est fini » pour choisir de « parler vrai ». J’arrête de croire qu’il y aura une manière parfaite de vous partager la fin de cette aventure.

D’un point de vue relation client, je suis vraiment désolée de cette fin en eau de boudin. Nous avons rendu nos tabliers sans vous prévenir. Je tiens à vous dire qu’il nous a fallu du temps à nous aussi pour réaliser vraiment que nous allions troquer le fait de rassasier votre “FAIM” pour celui d’écrire le mot « FIN ». Nous aurions bien voulu pouvoir tenir encore et vous offrir, ainsi qu’à nous, un dernier service en bonne et due forme. « A l’impossible nul n’est tenu. » Clairement, nous n’avons pas pu. 

Retour d’expérience de la fille :  

Pour cet email je vais en grande majorité lâcher le « nous » pour parler en « je ». Je tiens néanmoins à préciser que le choix de la première personne du singulier n’amenuise aucunement l’importance de l’association qui a permis la concrétisation de ce projet et la naissance de cette société. Hungry BOX c’est Maxime, Philippe et Charline, anciens stagiaires et employé, ainsi que toutes les personnes et les institutions qui ont rendu possible la création de ce projet et que je tiens à remercier. 

La genèse d’Hungry BOX 

Quand j’ai dit à mes amis que je voulais créer un concept de restauration, ils ont ri.  La cuisine et moi nous n’avons jamais été amis. « Garde tes amis près de toi, et tes ennemis encore plus près. » Encore un peu plus près et c’est moi qui finissais taillée en brunoise dans une casserole.

Hungry BOX est né pour moi d’une envie de revenir à quelque chose de concret, à quelque chose qui avait plus de sens. J’en ai croisé beaucoup depuis des jeunes qui étaient animés de ce même besoin, « la révolte des premiers de la classe » comme l’appelle Jean-Laurent Cassely.

En 2014 je suis licenciée économique et je suis en pleine crise existentielle. Je sors de près de 4 ans à faire du marketing digital et je recherche de quoi constituer « l’après ». Un voyage d’un mois en Inde du Sud solo en sac à dos et je reviens avec un projet de restaurant indien : »Mc Gandhi ».

Philippe qui deviendra associé d’Hungry BOX me conseille de me former. Je profite d’un programme de reconversion en 6 mois. Je fais mon premier stage au Grillardin et j’y rencontre Maxime. Il est très créatif, il aime transmettre sa connaissance de la cuisine. Je fais d’autres stages, collectivité, restaurant étoilé, je n’y retrouve pas cette même transmission. Je finis en Avril diplômée d’un titre de cuisinier. Maxime est animé de la même envie que moi d’avoir un jour sa propre « boîte ». Le couple et les affaires ça ne fait jamais bon ménage. En conscience de ce postulat, je reste en lien avec le proverbe « qui ne tente rien n’a rien. » Nous sommes complémentaires dans la vie pourquoi pas aussi dans les affaires ! 

Création d’Hungry BOX : « ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait ».

En Juin l’idée émerge, le nom est trouvé en Juillet. Le bail du local brut est signé en Décembre. Maxime s’initie avec talent à la création d’un plan pour l’aménagement du restaurant. Les travaux se finissent mi Février, le tout premier service se déroule le 29 Février 2016. 
Il s’en est passé des choses depuis : des jolies prestations, des papilles surprises et émerveillées, des plus mécontentes qu’il a fallu diplomatiquement gérer, des beaux partenariats (Prizoners, Clara JungLes Apéros bioLet it Beer, ), de chouettes événements auxquels nous avons été heureux de participer (Les Nocturnales, Les Castelnauviales), des privatisations joyeuses (Montpellier City Crunch :-), l’EDHEC Alumni, la team mariage montpelliéraine)… 
Je me permets de parler en « nous » ici pour vous partager toute notre reconnaissance, vous avez été nombreux à nous faire confiance, professionnels comme particuliers. C’était parfois des challenges que nous sommes heureux d’avoir relevés. Certains mieux que d’autres, nous ne sommes pas parfaits, mais le coeur à chaque fois y était ! 

« Hungry, c’est fini… »

Malheureusement vous allez, comme nous, devoir mettre une croix sur l’événement box-sextile qui était programmé pour célébrer l’ouverture, le 29 Février 2020. Nous avons personnellement vécu des choses qui ne nous ont pas permis de maintenir notre activité telle que l’avions rêvée : plusieurs points de vente, une activité en mixité bio, des franchises. A quoi bon vivre s’il ne nous est pas donné de rêver ? Notre seconde année d’activité a été marquée par beaucoup de questionnements, nous avons cherché des solutions mais elles n’ont finalement abouti qu’à celle de la vente de Hungry BOX.

La partie publique de l’aventure s’est achevée le vendredi 20 Avril. Une fois les portes closes, il a donc fallu résilier, commencer à ranger, trier, vider, mettre dans des « boîtes » rêves, espoirs et réalisations. Pas facile de vivre au rythme des visites, des espérances souvent déçues de trouver preneur, l’angoisse est une compagne que j’ai vécue comme sacrément désagréable. 

Néanmoins (et j’aime à croire que l’univers est bien fait…) un futur concept familial de tapas salés / sucrés a finalement eu le coup de coeur pour le local et des démarches se sont engagées. 

Ce que je garde de cette expérience : 

 Je suis tombée récemment sur cette phrase « Qui ne se plante jamais n’a aucune chance de pousser. » C’est une phrase qui me parle. Elle me parle du fait que même si notre aventure s’achève nous avons osé,  osé croire que malgré toute la difficulté, mener un projet d’entreprenariat c’était possible. Il est donné à tout le monde de rêver, à un moins grand nombre peut être de mettre dans le réel ses rêves. Nous avons pu expérimenter cela, la transformation d’une idée en un projet concret.

Si les dommages financiers eux aussi sont réels (d’où la proposition de participer à la cagnotte ci dessous), il n’en reste pas moins que ce que j’ai appris de cette expérience ne peut se mesurer, ne peut se quantifier. J’y laisse des plumes mais je repars avec beaucoup d’enseignements humains et professionnels.

Aujourd’hui j’ai plaisir à tester les nouveaux concepts qui s’ouvrent à Montpellier. J’y retrouve parfois des choses connues, déco, bouteilles des Apéros Bio utilisées en carafe d’eau, stress des premiers jours avec oubli de certains éléments de commandes. Cela me met en lien avec cette aventure que j’ai portée et que je porte encore en moi.

J’ai beaucoup hésité à l’idée de lancer cette cagnotte. Comment cela allait-il être accueilli ? L’une de mes amies m’a rappelé que « guérir c’est savoir demander quand on a besoin » alors j’assume le fait de demander. Si le compromis de vente est engagé, l’arrêt de l’activité implique de payer personnellement les frais incompressibles, ce qui est assez lourd, même réduits au minimum. En résumé j’en appelle à votre générosité pour terminer ensemble l’aventure.

Vous faites peut être partie de nos clients, peut être que vous aussi vous avez porté un projet qui ne s’est pas très bien terminé, peut être que vous me connaissez, peut être que non, je crois dans le fait qu’à plusieurs on est plus fort et que cette cagnotte permettrait de rendre la fin d’Hungry BOX une peu moins amère. Qui ne tente rien n’a rien !

Pour participer à la cagnotte c’est ici ! 

Un autre article suivra, je vous y présenterai le projet qui prendra le relais. Je ne vous dis donc pas encore au revoir mais plutôt à bientôt.

Charline